Les premières gares des Guillemins

Ce fragment de la gravure de Julius Milheuser nous transporte en 1649
dans le faubourg d’Avroy :

1. Le cours principal de la Meuse à l’époque (devenu les boulevards d’Avroy et Piercot)  / 2. Le chemin d’Avroy à Saint-Gilles (l’actuelle rue Saint-Gilles) / 3. Le Grand Jonckeu (l’actuelle rue Louvrex) / 4. L’église Sainte-Véronique / 5. La rue Sainte-Vérone (l’actuelle rue Sainte-Véronique) / 6. La rue Neuville (l’actuelle rue Hemricourt) / 7. Le Petit Jonckeu (l’actuelle rue du Plan Incliné) / 8. La ruelle du Saint-Esprit (l’actuelle rue de Serbie) / 9. La rue des Hours (l’actuelle rue Paradis).

   La coche rouge désigne un prieuré de Frères Guillemites (Guillemins), lequel finira par donner son nom au quartier.

 

guillemites prieure 1796.jpg  Le prieuré des Guillemins à la fin du XVIIIe siècle (dessin de JJ Van den Berg, bibliothèque de l’université de Liège).

  Cet établissement religieux trouve ses origines au XIIIe siècle. Le territoire d’Avroy est alors essentiellement champêtre, couvert de bois, champs et prairies. Très peu peuplé, il comporte cependant quelques demeures seigneuriales, dont un manoir appartenant à Gérard de Bierset, grand chantre de Saint-Lambert. Bâti sur un promontoire au centre d’un étang, le château est aussi appelé la « Maison de la Motte ».

   Dans sa propriété, Gérard de Bierset fonde un asile de retraite pour ecclésiastiques séniles, infirmes ou sans revenus. Son œuvre ne lui survivra pas longtemps. En 1287, le prince-évêque Jean de Flandre installe en ces lieux une petite communauté de l’ordre bénédictin des Guillemites, ordre fondé au siècle précédent par saint Guillaume de Malavalle.

   Je ne vais pas détailler l’histoire de ce couvent. Sachons cependant que les bâtiments souffrent pendant les troubles révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle, et qu’ils sont fort dévastés quand l’administration française* les vend en 1798 comme biens nationaux.

* La principauté de Liège a été rattachée à la France de 1795 à 1814, tout comme le reste de l’actuelle Belgique connue précédemment sous le nom de Pays-Bas autrichiens.

 

   Le plan ci-dessus provient des services de l’urbanisme liégeois et date de 1827 :
1. L’actuelle avenue Blonden* / 2. L’actuel boulevard d’Avroy* / 3. L’église Sainte-Véronique / 4. La rue Neuville / 5. La rue Jonckeu / 6. La ruelle du Saint-Esprit. La coche désigne l’emplacement de l’ancien couvent des Frères Guillemites, et la flèche préfigure la future rue de la Station (actuelle rue des Guillemins).

* De 1853 à 63, un chantier colossal modifiera le cours du fleuve, transformant certains de ses tronçons en boulevards et avenues.

 

  Cet autre plan, issu aussi des services de l’urbanisme, nous reporte cette fois en 1883. Une urbanisation intense s’est développée à la suite du développement des chemins de fer.

  Dès 1838, une voie ferrée relie Bruxelles déjà à Ans, mais les trains ne peuvent accéder à la cuvette liégeoise à cause de la trop forte déclivité. C’est grâce au plan incliné imaginé par l’ingénieur Henri Maus que le problème est résolu et qu’une première gare est construite en 1842 dans le quartier. Pour descendre, il faut faire confiance aux freins du convoi ; pour remonter, c’est tout un système de treuil et de câbles qui est sollicité, exemple unique à l’époque !

  Cette gare primitive (du « temporaire en bois » qui va durer près de vingt ans) apparaît sur la gauche du document qui suit, une lithographie gouachée signée J-B GRATRY. Cette vue de 1845 montre le quartier des Guillemins depuis Cointe. Outre la station, remarquez le plan incliné, et dans le lointain, l’hôpital militaire Saint-Laurent et la basilique Saint-Martin :

  Voici ce qu’est devenu le paysage en 2007,
pendant la construction de la gare Calatrava :

 

plan de la station incline 1843.jpg  Le plan incliné imaginé par Henri Maus se compose en réalité de deux tronçons d’égale longueur, avec un palier intermédiaire établi à la station du Haut-Pré, où se trouve la machinerie. Ce sont ces installations que l’on voit sur la lithographie ci-dessus, datée de 1843. Elles seront démolies en 1879, devenues inutiles vu l’amélioration de la puissance des locomotives.

 

plan incline_liege_1849.jpg
Le plan incliné en 1849 dans le Bas-Laveu ▲ et le même endroit avant que l’autoroute ne surplombe les voies ferrées au début des années 1970 (voir cet autre article) ▼

bas-laveur_liege_avant A602.jpg

 

bas-laveur_liege_2015.jpgLa descente autoroutière actuelle, surplombant le chemin de fer (entre les colonnes, masqué par la végétation).

 

  Revenons-en à la première gare avec ce plan de 1845. Elle aurait brièvement porté le nom de « station de la Neuville* » parce qu’elle était située à proximité du hameau ainsi nommé, lequel se trouvait du côté des rues Hemricourt et de Joie.

* La « Neuve Villa », appellation qui rappelle une résidence champêtre dont il est fait mention dans des documents du XVIe siècle.

 

gare_guillemins_liege_1845.jpg  Ce dessin nous reporte vers 1850. Sur la gauche, est représentée la première gare des Guillemins. Si l’on s’en réfère à l’hôtel de l’Univers déjà présent, elle se situait au début de la rue du Plan Incliné.

Plan parcellaire de 1860 :

 

Les trois photos qui vont suivre datent des années 1850-60 (sur les première et troisième, on aperçoit les installations du charbonnage de La Haye, sur la colline de Saint-Gilles). Aidez-vous des repères chiffrés pour passer d’une photo à l’autre. Le bâtiment principal de la gare, mis en évidence dans le dessin de 1850, se retrouve finalement dans l’ovale rouge :

 

Voici en 2009 ce qui correspond à l’assemblage des trois photos anciennes précédentes. Sur la colline, la houillère a fait place à un building :

 

   Le caractère provisoire de la première station, construite en bois, s’explique par l’espoir que nourrit l’édilité liégeoise d’obtenir une gare plus proche du centre-ville*. Hubert-Guillaume Blonden, directeur des Travaux publics de la ville de Liège dès 1857, rêve par exemple de l’établir sur l’île de Commerce (actuelles Terrasses).

* Il faudra attendre 1877 pour qu’une gare soit installée près du palais de justice de la place Saint-Lambert, sur la ligne du chemin de fer de ceinture reliant Vivegnis aux Guillemins.

 

Ci-dessus, le projet de station ferroviaire sur l’île de Commerce, imaginé par Blonden en 1859. Lien Donum :
http://donum.ulg.ac.be/handle/2268.1/1489.

 

Pour des raisons techniques, l’État continue de privilégier le site des Guillemins. Une gare « en dur » y est construite en 1863-64, selon les plans de l’architecte Lambeau, également concepteur des gares de Namur (1864) et de Charleroi-Sud (1874).

 

construction gare guillemins_liege_1863.jpg  La photo ci-dessus a été prise pendant la construction de la gare en 1863. L’armature en bois va aider à l’installation d’une imposante statue féminine symbolisant l’industrie.

 

gare_guillemins_liege_debut XXe (2).jpg  La gare à l’aube du XXe siècle, avec la statue qu’on a pris l’habitude d’appeler « Guillemine ». À remarquer la grande verrière en éventail qui éclaire la salle des pas perdus. L’architecte Lambeau s’est inspiré des exemples français de Paris-Est et Paris-Nord.

  La gare des Guillemins est agrandie en 1881-82, grâce à l’ajout des ailes droite et gauche ; elle est encore transformée en vue de l’Exposition universelle et internationale de 1905, quand on augmente le nombre des voies et ouvre les passages souterrains.

 

gare_guillemins_liege_1900

Vers 1900.

 

Gare des Guillemins Liège façade début XXe
 

gare_guillemins_liege_1903.jpg
Cartes postées en 1903 ▲ et 1907 ▼

 

Visite royale 1905

L’arrivée du roi Léopold II venu visiter l’Exposition universelle de 1905.

 

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L’afflux de visiteurs lors de l’Exposition universelle de 1905.

 

3c0da-1920311875

▲ La place des Guillemins au début du XXe siècle ▼

place des guillemins_liege_debut XXe (1)

 

La gare vue depuis la rue des Guillemins en 1907.

 

Gare des Guillemins Liège début XXe

Au début du XXe siècle.

 

gare_guillemins_liege_1910-1920

Fin des années 1910 ou années 1920.

 

gare_guillemins_liege_debut annees 1930

À l’aube des années 1930.

 

gare_guillemins_liege_apres 1937

Après 1937 (la construction du mémorial interallié de Cointe est terminée).

 

gare_guillemins_liege_fin annees 1930

Dans les années 1930.

 

Quartier Guillemins Liège 1939

La gare et ses environs en 1939.

 

Gare des Guillemins Liège 1946

Carte postale utilisée en 1946. Remarquez le tampon spécial condamnant le marché noir.

 

Gare des Guillemins Liège 1950s

Au tout début des années 1950.

 

gare_guillemins_liege_debut annees 1950

Vers 1952-1953.

 

  La gare « Belle Époque » disparaîtra dès 1956 pour être remplacée en 1958 par un bâtiment moderne à la mode du temps… Cette tranche d’histoire fera l’objet d’un autre article.

gare_guillemins_liege_1975.jpg
Vers 1975.

 

place des guillemins_liege_2007.jpg
En 2007.

 

place des guillemins_liege_2014.jpg
En 2014.

 

 

https://histoire-liege.000webhostapp.com/guillemins/guillemins.htm

 

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17 commentaires sur “Les premières gares des Guillemins

  1. Je ne me lasse pas, au fil des années, de rendre de courtes mais salutaires visites à vos sites. Magifnique travail de mémoire pour la ville.

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