Le pont ferroviaire du Val Benoît

Outre les documents qui mentionnent une référence spécifique, les photos proposées dans cet article proviennent des archives de l’ex-MET et du musée de la Vie wallonne.

 

Sur ce plan actuel (cliquez dessus pour accéder au plan dans OpenStreetMap), le pont du Val Benoît est désigné par la flèche rouge.

 

Le pont à la fin du XIXe siècle ▲ et de nos jours (celui en bleu) ▼

 

Le premier pont du Val Benoît

La Belgique entre dans l’histoire du rail le 5 mai 1835, quand est inauguré le chemin de fer de Bruxelles à Malines. Le réseau ferroviaire se développe ensuite à partir de Malines (Mechelen) :

1837 : Malines – Louvain (Leuven), puis Louvain – Tirlemont (Tienen).
1838 : Tirlemont – Ans.

Les trains s’arrêtent à Ans parce qu’ils sont incapables de descendre ou de gravir la forte pente qui mène à Liège dans la vallée. Ce sont les plans inclinés conçus par l’ingénieur belge Henri Maus qui vont résoudre ce problème, grâce à des câbles et toute une machinerie complexe : la gare des Guillemins, au pied de ce dispositif, accueillera son premier convoi en 1842.

 

Lithographie de 1845. Sur la gauche, on aperçoit la première gare des Guillemins et le plan incliné. À droite, on a la représentation d’un train à l’époque.

 

Une locomotive de 1845, fabriquée par les ateliers de Saint-Léonard (Liège).

 

À cette époque, il est aussi envisagé, au départ de Liège, de créer une liaison avec la frontière allemande. Il va donc falloir que les voies ferrées traversent la Meuse. C’est pourquoi le pont du Val Benoît est construit en 1841 et ouvert à la circulation l’année suivante.

 

Ce dessin du milieu de XIXe siècle a été dédié à la gloire des transports à vapeur (train, bateau).

Le pont, réalisé en pierre de taille de Sprimont, mesure cent cinquante mètres de long et compte cinq arches. Son tablier est divisé en deux parties, l’une pour le trafic des trains, l’autre pour la circulation des piétons et des charrettes. Les pavillons situés aux deux extrémités abritent les employés du péage (la perception de ce droit de passage sera supprimé en 1845, à la suite de multiples réclamations).

 

Le pont vu depuis les hauteurs de Cointe, probablement à la fin du XIXe siècle.

 

Nous voilà à l’aube du XXe siècle. Le pont a dû être consolidé à plusieurs reprises, dans les années 1850 déjà, puis à la fin des années 1880. Les culées et les piles ont souffert de la rudesse des hivers et des tassements de terrain occasionnés par l’activité des charbonnages tout proches. En 1892, il a même été envisagé de remplacer l’ouvrage, mais le projet a été abandonné au profit de réparations effectuées en 1898.

 

Je n’ai trouvé aucune illustration de la circulation charretière. Par contre, il en existe montrant les escaliers permettant aux piétons d’accéder au pont :

 

Cartes postales du tout début du XXe siècle : la rive gauche ▲ et la rive droite ▼

 

Le bateau-mouche Seraing-Liège.

 

À gauche, on aperçoit la tour de forage des mines, située sur le site Fragnée de l’Exposition universelle de 1905. Le pont de Fragnée, à l’arrière-plan, a été construit à l’occasion de cet événement.

 

Le pont de Fragnée relie les sites Fragnée et Vennes de l’Exposition universelle de 1905. En amont, on reconnaît le pont-rail du Val Benoît.


En 1913, du ciment est injecté dans le gravier du lit de la Meuse, et il est prévu de consolider les fondations des piles. La Première Guerre mondiale* fera ajourner ce projet.

* Contrairement à la logique militaire, le pont n’a pas été dynamité lors de ce conflit.

 

Carte postale utilisée en 1924. Deux ans plus tard, avec la création de la SNCB (Société nationale des chemins de fer belges), le pont sera porté à quatre voies, ce qui nécessitera la suppression de la partie « route » du tablier. En compensation, une passerelle pour piétons sera aménagée sur la face amont de l’ouvrage.

 

Le deuxième pont du Val Benoît

C’est en 1935 que commence la construction d’un nouveau pont, cette fois métallique.

 

On aperçoit les ruines de l’ancien pont en pierre. À cet emplacement, sera construit un second pont métallique semblable à celui que l’on voit sur la photo, car l’ouvrage définitif sera composé de deux tronçons identiques parallèles, chacun soutenu par deux piles.

 

À gauche, on aperçoit la tour votive du mémorial interallié de Cointe, en cours de construction (elle sera inaugurée en 1937).

 

Vue générale du premier pont assemblé. On devine, en amont, les vestiges de l’ancien pont.

 

La mise en place du deuxième pont.

 

Le nouveau pont métallique comporte une passerelle pour piétons.

 

Gros-plan sur le passerelle piétonnière.

 

Le 31 août 1939, en fin d’après-midi, deux terribles déflagrations secouent la ville. La guerre tant redoutée vient-elle de commencer ? S’agit-il des premiers bombardements ? En réalité, un orage d’une rare violence sévit sur la région, et la foudre s’est abattue sur les ponts d’Ougrée et du Val Benoît, faisant exploser les mines placées par les troupes du génie de l’armée belge, pour détruire les ouvrages en vas d’invasion allemande.

Les culées construites dans le fleuve ont sauté, provoquant l’effondrement du tablier et des grands arcs d’acier. Les dégâts sont importants dans les alentours.

 

Le train que l’on voit sur cette photo s’engageait sur le pont au moment de l’explosion. Le convoi reste heureusement immobilisé sur le tablier, mais les services de secours devront dégager des morts et des blessés* de cet enchevêtrement.

* Au total, dans le train et les environs du pont, on dénombrera seize morts, quatre disparus et près de quatre-vingts blessés.

 

 

Le troisième pont du Val Benoît

Cet ouvrage métallique a été achevé en 1942. Le pont principal est constitué de poutres continues avec un arc central.

 

 

En 1944, les bombardements américains préparatoires à la Libération causèrent d’importants dégâts au pont et à ses alentours (les fumées marquées d’une croix rouge). 

 

Le quatrième pont du Val Benoît

Après 1945, le pont bombardé est remplacé par un ouvrage métallique géométriquement simple, muni d’une passerelle pour piétons sur la face aval.

 

Le quatrième pont du Val Benoît en 1965 ▲ et 2018 ▼

 

Quelques photos du pont au fu fil des ans :

 

Le pont autoroutier du Pays de Liège, ouvrage haubané qui fait partie de la jonction E40-E25, a été inauguré en 2000.

 

Les ponts de Liège, en 1994, on fait l’objet de plusieurs cahiers du MET.

 

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3 commentaires sur “Le pont ferroviaire du Val Benoît

  1. Bonjour,
    encore un article très intéressant.
    En observant de près les photos, il m’est apparu que la photo colorisée que vous avez légendée « bateau-mouche » est la seule qui montre l’encorbellement et le garde-corps en fer forgé, donc après l’élargissement que vous datez de 1926. A ce titre, elle pourrait, dans l’ordre chronologique, être déplacée juste après votre commentaire à ce sujet, qui montre encore le pont en état d’origine avec les parapets en pierre.
    Bien à vous et meilleurs voeux.

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