À l’origine du pont de Fragnée

 

À la fin du XIXe siècle, deux expositions universelles ont déjà été organisées en Belgique, à Anvers (1894) et à Bruxelles (1897). Germe alors l’idée d’en organiser une à Liège.

En 1899, il est convenu des emplacements de cette exposition, prévue initialement pour 1903. L’un d’entre eux, la plaine des Aguesses, aux Vennes, nécessite d’importants travaux au niveau de la rectification du cours de l’Ourthe (voir autre article). L’ampleur du chantier reportera l’événement en 1905 (d’avril à novembre) ; on pourra en même temps célébrer le 75ème anniversaire de l’indépendance du pays.

Le pont de Fragnée est construit sur le Meuse de 1901 à1904 ; il est destiné à devenir l’entrée majestueuse de l’exposition.

 

Un projet de décoration du pont non retenu.

 

Le pont au lendemain de l’Exposition universelle et internationale de 1905, vu depuis le Rivage-en-Pot.

 

Les étapes de la construction

 

Le confluent Ourthe-Meuse vers 1900, avant la rectification du cours de l’Ourthe et la construction du pont de Fragnée.

 

*  *  *  *  *

La conception technique du pont est confiée à Émile Jacqmain, ingénieur principal des Ponts et Chaussées à Liège. 

 

Les fondations des piles

L’adjudication concernant la construction des deux piles dans le fleuve est attribuée en octobre 1901 aux entrepreneurs Joseph et Victor Cousin.

La pose de la première pile a lieu en avril 1902. Pour lui servir de base robuste, on met en place un énorme caisson métallique de 55 tonnes, construit par les aciéries d’Angleur. Ce caisson est divisé en deux compartiments. La partie inférieure n’a pas de fond et est prévue pour s’enfoncer dans le lit du fleuve au fur et à mesure que l’on remplit la partie supérieure de béton et que l’on maçonne la pile par-dessus (davantage de précision en page 2 de ce document PDF).

 

Un remorqueur tracte le caisson à l’emplacement délimité par des pilotis. À l’arrière-plan, il s’agit de la rive gauche de la Meuse, côté Fragnée.

Les pilotis empêchent le caisson de dériver.

Une passerelle en bois permet l’acheminement des matériaux par wagonnets.

Le maçonnage de la première pile.

La même méthode est utilisée pour la seconde pile.

Les piles prêtes à recevoir la structure du pont. À l’arrière-plan : l’église Saint-Vincent de Fétinne.

 

Les culées

La culée d’un pont est la partie située sur la rive, destinée à recevoir le tablier.

Le quai de Fragnée (devenu le quai de Rome) à l’emplacement où le pont va aboutir, en 1905, à l’avenue de l’Exposition (future avenue Émile Digneffe).

Le chantier de la culée rive gauche.

L’achèvement de la culée gauche.

Le chantier de la culée rive droite. En haut à droite, on reconnaît l’église Saint-Vincent de Fétinne.

 

Mise en place de la structure

La fabrication de la partie métallique du pont est adjugée à la Société John Cockerill en janvier 1903. Pour permettre leur assemblage correct, les éléments qui composent cette imposante structure de 1810 tonnes sont maintenus par un échafaudage en bois de même courbure. Le montage durera jusqu’en mars 1904.

Voici quelques photos de cet échafaudage :

La visite officielle dont il est question dans l’intitulé de cette carte est celle du roi Léopold II en novembre 1903. C’est le début de la construction de la partie métallique du pont.

 

En novembre 1903 ▲ et mars 1904 ▼

 

Le tablier du pont fait seize mètres de large. La chaussée est prévue en pavés de grès, et les trottoirs, en asphalte. À l’arrière-plan, c’est la porte monumentale de l’entrée des halls d’exposition (Vennes).

La décoration du pont

C’est l’architecte liégeois Paul Demany qui se voit attribuer la décoration de l’ouvrage. Adepte du classicisme français, il s’inspire du pont Alexandre III de Paris, construit à l’occasion de l’Exposition universelle de 1900. Il se charge du choix des maçonneries d’ornementation et des éléments en bronze coulé (garde-corps, candélabres, statues allégoriques).

 


▲ Les éléments de décoration dus à Paul Demany : les maçonneries de piles, culées et balcons, les pylônes de granit, les garde-corps, les candélabres, les statues et leurs socles ▼

 

Les candélabres à trois branches et les garde-corps (dont la décoration a été exécutée par le sculpteur Julien Dillens selon les instructions de Paul Demany).

Les garde-corps sont frappés de masques dorés en forme de soleil. Dessin de Paul Demany.

Toutes les statues du pont ont été réalisées par le sculpteur wallon Victor Rousseau.

 

À l’aplomb des piles, figurent des effigies de tritons ▲ et néréides ▼

 

Le « pont des anges » est une appellation erronée. Au sommet de chaque pylône, se tient en réalité une Renommée, divinité mythologique grecque représentée comme une femme ailée sonnant dans une trompette pour attirer l’attention sur les hauts faits ou les crimes des hommes.

De chaque côté du fleuve, deux figures allégoriques sont adossées aux pylônes, symbolisant le « Vieux fleuve » (un homme) et le « Nouveau fleuve » (une femme).

Du côté gauche du pont, il s’agit une statue d’un homme au coquillage et, au pied du pylône, de la représentation masculine du « Vieux fleuve ».

Du côté droit, il s’agit cette fois d’une femme au coquillage et de la représentation féminine du « Nouveau fleuve ».

Quand les statues sont dévoilées à l’automne 1904, leur nudité provoque une polémique animée par une ligue émanant du monde clérical. Notez les erreurs sur la carte postale humoristique : le « u » de « triomphe » et le « e » qui manque à « statues ».


Le pont pendant l’Exposition universelle et internationale de 1905

Voici six vues d’époque prises par les photographes des établissements Jean Malvaux :

À gauche, les gondoles et le pont de Fétinne sur l’Ourthe rectifiée.

 

* * * * *

Le pont actuel n’est plus celui de 1905, lequel a été volontairement détruit en 1940 pour essayer d’enrayer l’invasion allemande.

 


▲ Le pont démoli en 1940 ▼

 


▲ Un pont provisoire remplacera l’ouvrage démoli, probablement dès 1940 ; il existera jusqu’en 1948 ▼

 

Le pont provisoire en mai 1945. On a raconté que cet ouvrage a été récupéré après la guerre pour servir de base à la passerelle technique Émile Houbaer*, qui ravitaille en gaz des sites industriels de part et d’autre de la Meuse, entre Ougrée et Tilleur. Aucun document probant n’étaie cependant cette hypothèse.

* Du nom du directeur de la métallurgie S.A John Cockerill.
 

 


▲ Revenons-en au pont de Fragnée, reconstruit à l’identique de 1946 à 1948 ▼

 

Le pont de Fragnée dans les années 1950. Les piles attendront 1959 pour récupérer leurs statues, tombées dans la Meuse à la suite du dynamitage de 1940 et toujours en cours de restauration.

 

Ce cahier du MET a été publié en 1994 dans le cadre des Journées du patrimoine. Il a été écrit par Muriel Michels (étudiante à l’institut supérieur Lambert Lombard) sous la direction du professeur Jacques Barlet.

 

Merci de partager ou de laisser un commentaire si vous avez apprécié cet article 😉

Publicité

11 commentaires sur “À l’origine du pont de Fragnée

  1. Magnifique et très intéressant voyage dans le temps. Merci. Ces photos nous montrent aussi à quel point Liège était verte. Si les projets futurs pouvaient s’en inspirer !

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s