L’ancien hospice Sainte-Agathe

L’ancien hospice Sainte-Agathe, dans la rue Saint-Laurent à Liège, est actuellement le siège social du fournisseur d’énergie Lampiris.

 

Ce panneau de retable du XVIe siècle, œuvre de Ramon Oscariz, représente Sainte Agathe de Catane. Il est exposé au musée de Navarre à Pamplune en Espagne.

Cette sainte nous reporte en Sicile dans la première moitié du IIIe siècle. Agathe appartient à une famille noble et est persécutée parce qu’elle refuse d’épouser le proconsul Quintien. Elle finit par mourir en prison, après avoir été soumise aux supplicex des charbons ardents et de l’amputation de ses seins. Au moment même de son trépas, la ville de Catane est secouée par un tremblement de terre, et l’Etna entrera en éruption l’année suivante, le jour de l’anniversaire de la martyre.

 

* * * * *

 

Un hôpital Sainte-Agathe est déjà mentionné dans une charte de 1183. Il est situé dans le faubourg Sainte-Marguerite, près de l’église du même nom, et ses jardins s’étendent jusqu’au faubourg Saint-Laurent. Il dépend d’ailleurs de l’abbaye qui se trouve sur cette hauteur ; sa vocation est de soigner les voyageurs et les miséreux locaux.

En 1634, des religieuses sépulcrines* qui ont fui Maastricht (la ville a été prise en 1632 par les hollandais, dans les cadre des guerres de religion entre catholiques et protestants) trouvent refuge dans cet hôpital Sainte-Agathe de Sainte-Marguerite. Elles adressent au prince-évêque Ferdinand-Guillaume de Bavière une requête pour demeurer à Liège et y exercer les fonctions de leur ordre. Leur prière est exaucée, et il leur est construit, grâce à la générosité d’un riche bourgeois, un couvent dans une propriété contiguë aux jardins de l’hôpital de Sainte-Marguerite, avec façade du côté du faubourg Saint-Laurent.

* Ce sont les chanoinesses régulières du Saint-Sépulcre qui sont communément appelées les sépulcrines. Cet ordre féminin a été créée au XIIe siècle à l’époque des croisades.

Ce couvent, qui sera aussi dédié à Sainte-Agathe, ne sera terminé qu’en 1663, avec l’achèvement de la chapelle, sous le règne du prince-évêque Maximilien-Henri de Bavière.

 

Les faubourgs* Sainte-Marguerite (1) et Saint-Laurent (2) en 1647, sur une gravure de Matthaus Mérian. La flèche désigne l’église Sainte-Marguerite. L’édifice voisin serait-il l’hôpital Sainte-Agathe, même si le nombre 55 renvoie à « S. Agissae » dans la légende du document ? Un(e) « saint(e) Agissae » dont je n’ai trouvé aucune trace !

Dans le faubourg Saint-Laurent, entre l’abbaye bénédictine (3) qui a donné son nom au quartier et la porte fortifiée de Saint-Martin (4), on n’aperçoit aucune représentation du couvent des sépulcrines. Il est vrai qu’il est toujours en cours de construction en 1647.

* Un faubourg est une partie de la ville en dehors des murailles.

 

Sous le Régime français, en 1797, le couvent Sainte- Agathe est vendu comme bien national par l’administration centrale du Département de l’Ourthe. L’acquéreur est Dom Jean-Gérard Lowette, ancien religieux du Val Saint-Lambert, lequel s’y réserve une partie comme habitation personnelle, mais laisse les religieuses habiter et gérer le reste. Ces dernières, obligées d’abandonner le costume claustral, subsistent à l’aide de leur modique pension, des loyers qu’elles perçoivent de quelques pensionnaires et des leçons d’école primaire qu’elles dispensent aux enfants du voisinage.

En 1803, peu après le Concordat, le propriétaire, en accord avec les anciennes religieuses, décide de céder l’établissement à l’Administration des hospices civils, à condition de pouvoir continuer à y vivre et de préserver les droits des religieuses restantes, lesquelles resteront au couvent après sa mort en 1808, jusqu’à l’arrivée en 1814 des troupes russes et prussiennes ayant vaincu Napoléon. Le couvent est converti en infirmerie militaire ; la chapelle sert de magasin, puis même, sous le Régime hollandais, d’écurie, de manège, de temple protestant et d’atelier de peinture.

Après l’indépendance de la Belgique en 1830, l’infirmerie est déménagée dans l’ancienne abbaye de Saint-Laurent devenue hôpital militaire. Une école vétérinaire y est installée quelque temps, puis en 1844, la Commission administrative des hospices civils décide d’adapter Sainte-Agathe à l’accueil des femmes insensées ; les soins dispensées aux aliénées sont confiés aux Sœurs hospitalières de Saint-Charles de Borromée.

 

La chapelle de l’hospice Sainte-Agathe en 1895 (photo de Jean Servais), vue depuis le chemin qui est aujourd’hui l’entrée de l’institut Saint-Laurent de promotion sociale. À droite, ce sont des bâtiments du patronage Saint-Joseph, établi là depuis 1864.

 

La chapelle de Sainte-Agathe vers 1910. La maison marquée d’une flèche daterait du milieu du XVIe siècle. Elle sera fortement restaurée et remaniée en 1921, 1932 et 1959.

 

Au début des années 1930 (la maison marquée d’une flèche sur la photo précédente présente des colombages, remis vraisemblablement à jour lors de sa restauration de 1932).

La même perspective de nos jours :

 

Un cortège rue Saint-Laurent en juin 1946, pour célébrer le 700e anniversaire de la Fête-Dieu. Le char à l’avant-plan est à la hauteur de l’hospice Sainte-Agathe.

 

Photo estimée à 1959. L’hospice Sainte-Agathe est visible dans le fond. Les bâtiments de gauche, à l’emplacement du parking de l’institut Saint-Laurent, sont ceux de l’école d’horticulture, avant son déménagement à Burenville.

Une cinquantaine d’années plus tard :

 

Au début des années 1960.

 

En 1974. L’église sera classée en 1977 au Patrimoine immobilier de Wallonie ; la façade et les toitures du couvent le seront en 1985.

Les lieux, à cette époque, sont la propriété du CPAS de Liège et ont été réaménagés en clinique psychiatrique sans distinction de genre, en collaboration avec l’université de Liège.

 

▲ Nous sommes en mars 1971, devant l’entrée de l’institut technique et professionnel Saint-Laurent. Un plaisantin (probablement un étudiant) a remplacé la plaque signalétique de l’école par celle du centre psychiatrique de Sainte-Agathe. Même le directeur de l’établissement scolaire, l’abbé Flamaxhe, s’amuse du canular ▼

 

En 1985, le CPAS abandonne les lieux, qui restent vides plus d’une décennie et sont victimes de vandales. Voici quelques photos prises en 1995 par mon ami Jacques Renson :

Maisons de logement des nonnes qui géraient l’hospice Sainte-Agathe. Elles seront démolies en vue de la construction d’un hôtel qui ne verra jamais le jour.

Jacques Renson a aussi photographié une ancienne pierre tombale, document qu’il a publié dans le groupe Facebook « Souvenirs et mémoires de Liège ». Vous pouvez y accéder en cliquant ICI.

 

Entre 1997 et 2006, des travaux sont entrepris pour transformer l’ensemble en un hôtel de luxe, mais les travaux sont arrêtés suite à la faillite du propriétaire, un promoteur allemand.

Les quatre photos qui suivent ont été prises en mars 2007 :

 

En 2010, la société de distribution d’énergie Lampiris rachète les bâtiments pour y installer son siège social. Mais il faut attendre 2019 avant que tous les travaux de réhabilitation et de rénovation soient totalement terminés, sous la direction de l’Atelier d’Architecture de Lavaux.

Les lieux réaffectés ne comprennent pas que des bureaux pour Lampiris, mais aussi 12 appartements de standing dans les étages.

 

En juin 2015, un parc a été ouvert au public à l’arrière de l’ancien hospice. Ce poumon vert de 10000 m² fait la liaison entre les quartiers Sainte-Marguerite et Saint-Laurent. Découvrez-le en cliquant sur ce lien.

 

Merci de partager ou de laisser un commentaire si vous avez apprécié cet article 😉

Publicité

5 commentaires sur “L’ancien hospice Sainte-Agathe

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s