L’ancienne abbaye de Saint -Laurent

Cet article est un extrait actualisé d’une page Internet que j’ai créée en 2006-07 dans mon site https://clawa.000webhostapp.com/ (à l’époque : claudewarzee.skynet.be, aujourd’hui disparu).

 

L’abbaye de Saint-Laurent au XVIIIe siècle (gravure de Remacle Le Loup), vue du côté de l’actuelle rue Saint-Laurent.

 

Vue aérienne de quartier militaire Saint-Laurent, montrant prioritairement les façades du sud-ouest. Photo d’Henry BRAIBANT, issue d’un fascicule publié par la Défense à l’occasion de la Journée du Patrimoine 2007.

 

Pour réaliser ces pages dès 2006-07, j’ai principalement consulté les ouvrages suivants :

  • Rita JEUJEUNE et autres, Saint-Laurent de Liège, église, abbaye et hôpital militaire, ouvrage universitaire, Solédi Liège, 1968.
  • Dr J. KELEKOM, Saint-Laurent de Liège, mille ans de charité, plaquette publiée en 1968 à l’occasion du millénaire de l’abbaye.
  • Saint-Laurent de Liège, 17èmes Journées du Patrimoine en Wallonie, Imprimerie de la Défense, septembre 2005.

J’ai pu photographier personnellement les lieux, y compris dans le musée de l’ancien hôpital militaire, et bénéficier à la source de divers documents historiques.

Je tiens à remercier, pour leur assistance et les diverses autorisations accordées à cette époque :

  • Les Collections artistiques de l’université de Liège.
  • Monsieur Christian RAPPAZZO, lieutenant-colonel, directeur du 3ème Centre Régional d’Infrastructure (3 CRI).
  • Monsieur Guy FOUCART, adjudant de quartier au 3 CRI.
  • Madame Simone DEGANDT, présidente de l’Amicale des Anciens de l’hôpital militaire, ancienne directrice des infirmières.
  • Monsieur Jean-Claude LEONARD, coordinateur des Journées du Patrimoine au quartier militaire Saint-Laurent.
  • Monsieur Patrick LOODTS et ses collaborateurs, responsables du site Médecins de la Grande Guerre.

En 2012, pour compléter cette rubrique, j’ai pu compter sur l’aide de :

  • Monsieur Henry BRAIBANT, adjudant, auteur de vues aériennes du quartier militaire.
  • Monsieur Philippe MIGNOLET, colonel BEM à la retraite, auteur d’un livret souvenir édité par la Défense en 2007 à l’occasion des Journées du Patrimoine.
 
*  *  *  *  *

C’est l’évêque Éracle, vers 968, qui initie la construction, sur le Publémont, d’une église dédiée à saint Laurent. Mais il faut attendre le prince-évêque Réginard, près de 55 ans plus tard, pour ordonner l’achèvement de l’édifice et lui adjoindre d’autres bâtiments capables d’abriter une communauté monastique.

Une trentaine de moines bénédictins arrivent en 1026 de Saint-Vanne de Verdun, et c’est en novembre 1034 qu’a lieu la consécration officielle du monastère.

Le prince-évêque Réginard dote la fondation d’importants revenus fonciers. Dès la fin du XIe siècle, l’abbaye de Saint-Laurent, qui adopte les coutumes de son homologue française Cluny (Bourgogne), connaît une activité culturelle intense.

Dès le Régime français, les bâtiments sont transformés en hôpital militaire. Ils sont toujours un domaine militaire à l’heure où cet article a été initialement écrit (de 2006 à 2012). Pour rappel, une histoire plus détaillé de l’ancienne abbaye figure dans mon site à la page https://clawa.000webhostapp.com/abbaye_saint-laurent/abbaye_saint-laurent.htm.


Je vous propose de visiter le quartier militaire Lieutenant Médecin Joncker dans la première décennie du XXIe siècle, en découvrant ses richesses historiques, comme si vous étiez dans le cadre d’une Journée du Patrimoine.

Cette visite s’effectue dans l’ordre des chiffres qui figurent sur le plan ci-dessous :

Vous pouvez cliquer sur cette image pour l’agrandir dans une nouvelle fenêtre.

 

1. Le portail du XVe siècle

 

Le porche vers 1870. Gravure sur bois de Kettenbach et Ost d’après un dessin de Heins. Double entrée pour chariots et piétons. Entrée de la caserne uniquement, l’hôpital ayant la sienne un peu plus loin dans la rue, près du couvent des Sœurs augustines.

 

Porche vu de l’intérieur en 1888. Le mur, à droite, séparait à l’époque la caserne de la partie hospitalière de l’ancienne abbaye.

 

Ce portail est le vestige architectural le plus ancien. Probablement construit sous l’abbatiat de Henri delle Cheraux (1434-1459), il a échappé à la destruction lors du sac de l’abbaye, en 1568, par les hordes de « gueux » de Guillaume de Nassau.

En 1893, lors de travaux d’agrandissement de l’hôpital militaire, cette entrée historique a échappé à la destruction à la suite d’un plainte des riverains.

 

Le porche d’entrée de la caserne sur une carte postée en 1913.

 

La rue Saint-Laurent vers 1920. L’ancienne abbaye est à la fois caserne d’artillerie (1) et hôpital militaire (2), avec leur entrée respective.

 

L’entrée de l’hôpital militaire sur une carte postée en 1908. Ce bâtiment à gauche du porche du XVe siècle a été construit à la fin du XIXe pour accueillir les malades et abriter une pharmacie.

 

En novembre 1944, alors que le le « 15th General Hospital » de l’US Army était installé à Saint-Laurent, une bombe volante V1 a détruit une partie des bâtiments à rue, tuant vingt-quatre personnes, dont vingt Américains.

 

Les dégâts vus de l’intérieur, avec, à droite, le porche du XVe siècle relativement épargné.

 

Le porche d’entrée avant 1953, côté rue.

 

Avant l’aménagement d’une nouvelle entrée en 1953 ▲ et en 2006 ▼

 

Le porche du XVe siècle vu de l’intérieur dans les années 1960 ▲ et en 2006 ▼

 

2. La Vierge de Dom Rupert

 
Copie encastrée dans un mur, dans le hall d’entrée du bâtiment du génie (voir titre n°3).

L’œuvre visible à Saint-Laurent est une reproduction fidèle de la sculpture connue sous l’appellation de « Vierge de Dom Rupert », dont l’original est conservé au musée Curtius de Liège. Elle représente la Sainte Vierge assise sur un trône et allaitant son divin enfant.

 

Il s’agit d’un bas-relief de 92 cm sur 64, taillé dans du grès houiller liégeois. Sur les bords, on peut lire une inscription latine (Ézéchiel, XLIV, 2) qui signifie :
« Cette porte demeurera fermée, elle ne s’ouvrira pas et nul homme n’y passera,
parce que le Seigneur Dieu d’Israël est entré par elle »

Au départ, cette sculpture a probablement servi de retable d’autel. Elle était alors richement polychromée et ornée de dorures.

Si on l’appelle la « Vierge de Dom Rupert », ce n’est pas en rapport avec l’artiste qui l’a sculptée, mais du nom d’un jeune homme recueilli au monastère à la fin du XIe siècle, un jeune homme à l’esprit peu développé qui devint un des moines les plus érudits de son temps après avoir prié la mère de Jésus, à genoux devant la pierre.

 

Dom Rupert taillant sa plume pour écrire. Dessin du XIIe siècle (Bibliothèque nationale de Munich).

 

Pendant sept siècles, jusqu’à l’arrêt des activités monastiques à la fin du XVIIIe siècle, la Vierge de Dom Rupert a été considérée comme miraculeuse ; on la vénérait afin d’obtenir le don d’intelligence.

 

3. Le bâtiment du Génie

 

Le bâtiment du Génie vu depuis la rue Saint-Laurent ▲ et depuis la cour intérieure ▼

Cet ensemble néogothique a été construit le long de la rue Saint-Laurent entre 1904 et 1908, en remplacement d’anciennes écuries du XVIIIe siècle. On l’a appelé le bâtiment du Génie en 1930, quand on y a installé ce service.

 

Incrustée dans la façade côté cour, une pierre porte le blason de l’abbé Grégoire Lembore et le millésime 1720. Probablement une récupération lors de la destruction du bâtiment préexistant.

En périphérie de cette cour intérieure, dite cour d’honneur, on remarque des alignements de colonnes. Celles-ci comportent des éléments originaux provenant des anciennes colonnades de la première cour du palais des princes-évêques de la place Saint-Lambert.

 

Les colonnades du palais des princes-évêques, datant du XVIe siècle, ont nécessité d’importantes réparations de 1964 à 1978.

 

Photo des années 1980. Ce sont les fragments non réutilisables des colonnes du palais qu’on retrouve dans celles qu’on a reconstituées pour orner la cour d’honneur du domaine militaire.

 

4. Le bâtiment du Vivier

 

Photo aérienne de la fin des années 1970. Le bâtiment dit du Vivier est celui marqué d’une flèche.

 

C’est sous sous l’abbatiat d’Oger de Loncin (blason de gauche) que ce bâtiment destiné aux communs a été achevé en 1618, comme en témoigne le millésime figurant au sommet du pignon.

En 1649, l’abbé Gérard de Sany a fait restaurer les lieux, endommagés lors des luttes intestines entre Grignoux et Chiroux. Des démocrates liégeois s’étaient retranchés dans l’abbaye, et l’artillerie allemande, appelée à la rescousse par le prince-évêque Ferdinand de Bavière, avait occupé les hauteurs de Saint-Gilles et « donné furieusement » du canon.

 

La façade côté cour. Seule, les travées en grès houiller et calcaire sont d’origine. Au-dessus de la porte d’entrée, figurent les armes de l’abbé Gérard de Sany :

 

La partie droite a subi diverses modifications, dont celle-ci dans les années 1930, avec l’aménagement de garages (disparus dans les années 1960).


Si on associe toujours cette aile du domaine militaire au terme « vivier », c’est parce qu’il existait autrefois, derrière le bâtiment, du côté des actuelles rue Wazon et place Saint-Laurent, une pièce d’eau qui constituait pour les moines une réserve d’approvisionnement en poissons frais.

Le vivier en 1735. On le devine en bas à droite, au pied du mur muni d’une échauguette.

Le même endroit au début des années 1960 :

 

5. Le bâtiment de l’Abbé, côté cour intérieure

 

Ce bâtiment est ainsi appelé parce qu’il servait autrefois de résidence à l’abbé dirigeant le monastère.

À l’origine de style Renaissance mosane (XVIIe siècle), l’édifice a été flanqué d’un avant-corps Louis XIII au début du XVIIIe, à l’époque de l’abbé Grégoire Lembore, plus attaché au luxe qu’aux règles bénédictines.

 

Le bâtiment de l’Abbé (à gauche) au début du XXe siècle, à l’époque de la caserne d’artillerie. Sur la droite, on aperçoit une partie du bâtiment du Vivier.

 

Dans les années 1960 ▲ et 1980 ▼

 

6. L’aile droite des bâtiments conventuels

 

Le parc intérieur situé devant la résidence abbatiale est fermé, sur la gauche, par la façade sud-ouest des anciens bâtiments conventuels, dus à l’architecte Barthélemy Digneffe (1724-1784). Le portail central et les travées à sa droite ont été terminés en 1770, le fronton portant les armes de l’abbé Grégoire Bicquet. La partie gauche a été ajoutée en 1920 en respectant le style de l’ensemble.

 

L’aile droite de l’ancien couvent avant 1920 ▲ et de le même bâtiment en 2012 ▼

 

7. Les bâtiments conventuels

 

Maquette de l’abbaye de Saint-Laurent à la fin du XVIIIe siècle, réalisée par le médecin commandant Jean Kelecom. Les bâtiments en forme de U constituaient l’ancien couvent proprement dit, construit de 1748 à 1770, dans un style Louis XIV/Régence, par l’architecte liégeois Barthélemy Digneffe, que j’ai déjà cité plus haut. Le U était fermé à l’époque par l’église abbatiale, laquelle a été détruite en 1809 sous le Régime français.

 

Le médecin commandant Jean Kelecom présentant la maquette à la reine Paola, venue visiter l’hôpital militaire en novembre 1968, à l’occasion du millénaire de l’ancienne abbaye.

 

Les anciens bâtiments conventuels sont les premiers que l’on découvre en entrant par le corps de garde. La photo ci-dessus date du milieu des années 1960.

 

Avant l’abattage des arbres en 1998.

 

▲ L’évolution du lieu à la fin des années 1990 ▼

 

Le fronton de l’aile gauche de l’ancien couvent comporte le symbole du gril, l’instrument de supplice chauffé par des charbons ardents, sur lequel a été martyrisé Laurent de Rome le 10 août 258.

 

8. Les façades du côté ville

 

Dessin à l’encre de Chine réalisé par Étienne Fayn en 1782. Ce que l’on considère aujourd’hui comme l’« arrière » n’était-il pas jadis la vitrine principale de l’abbaye, que l’on pouvait admirer de la ville ?

 

Ces prestigieux bâtiments (dans l’ovale rouge) sont maintenant perdus dans l’ensemble urbain. Voilà, par exemple, le panorama que l’on découvre de la sortie autoroutière du quartier des Guillemins.

 

L’hôpital militaire vu en 1838 depuis le charbonnage de La Haye, sur les hauteurs de Saint-Gilles. Lithographie de l’Anglais William Gauci.

 

La tour de l’abbé vers 1880.

 

Les façades du côté ville au début du XXe siècle. Elles n’ont guère subi de remaniement depuis leur construction aux XVIIe et XVIIIe siècles.

 

On découvrait autrefois, de l’esplanade qui s’étendait devant ces façades, les collines verdoyantes qui descendaient vers la ville. À l’époque de cette photo, la vue est obstruée par les véhicules militaires garés là et un bâtiment érigé au début des années 1960 pour abriter l’école des officiers du service de santé de l’armée.

 

9. Le mémorial aux victimes de 1944

 

Rappelons qu’en novembre 1944, alors que le le « 15th General Hospital » de l’US Army était installé à Saint-Laurent, une bombe volante V1 a détruit une partie des bâtiments à rue ▲ et endommagé les bâtiments conventuels ▼, faisant vingt-quatre victimes.

 

Un mémorial en l’honneur de ces victimes a été érigé à l’aile gauche des anciens bâtiments conventuels.

 

En 1964 (20e anniversaire de la catastrophe).

 

10. Le musée de l’Amicale des anciens de l’hôpital militaire

 

Ce musée occupe l’ancienne chapelle des Sœurs hospitalières de Saint-Augustin, religieuses ayant servi à l’hôpital militaire de 1839 à 1976.

L’ancien couvent de ces religieuses (les façades cimentées).

 

La chapelle devenue musée, vue de l’intérieur du domaine militaire.

 

Le musée à l’intérieur de la chapelle.

 

Madame Simone Degandt, présidente de l’Amicale, directrice du personnel infirmier lors de la fermeture de l’hôpital militaire au début des années 1990.


Voici quelques photos illustrant les pièces exposées :

Un cabinet de consultation dans les années 1950 ▲ et du matériel de pharmacie de la même époque ▼

 

Le bureau du chef de corps dans les années 1960.

 

Une table d’autopsie.

 

Une reconstitution du gril qui symbolise le martyre de saint Laurent au IIIe siècle.

 

* * * * *

 

En septembre 2006, l’institut technique et professionnel Saint-Laurent Liège (où j’ai enseigné de 1969 à 2012) a participé aux Journées du Patrimoine sur le site du quartier militaire Lieutenant Médecin Joncker. Voici quelques photos prises à cette occasion :

 

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