Les boulevards des hauteurs occidentales

Gustave Kleyer, bourgmestre libéral de Liège de 1900 à 1921 (médaillon ci-dessous), et Albert Mahiels, ingénieur de la Ville, rêvent d’un « boulevard de circonvallation » qui serpenterait sur les hauteurs occidentales de la rive gauche, de Cointe au Thier-à-Liège.

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Le premier tronçon, de la place du Batty à la rue Bois l’Évêque, est mis en oeuvre dès 1903, dans la perspective de l’Exposition universelle prévue pour 1905. La nouvelle voirie (qui sera prolongée jusqu’à la rue des Wallons de 1904 à 1907, puis jusqu’à la rue Henri Maus en 1908-1909) est voulue par ses concepteurs comme une magnifique promenade permettant d’admirer le panorama de la ville et de la vallée de la Meuse.

  Le boulevard de Cointe, comme on l’appelle initialement, sera rebaptisé boulevard Gustave Kleyer en 1921, du nom de l’initiateur principal du projet, contraint cette année-là de renoncer à son mandat maïoral pour cause de cécité.

 

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Quelques personnalités, en 1900, probablement en repérage sur le sentier qui deviendra le boulevard de Cointe (futur boulevard Kleyer).

 

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Le chantier du boulevard de Cointe en 1903. Les travaux de terrassement sont confiés à l’entreprise liégeoise Reynartz-Riguel.

 

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Le 23 juillet 1903, le prince Albert (le futur roi Albert 1er), accompagné de ministres et de l’édilité liégeoise, visite le chantier du boulevard.

 

plan_exposition-1905_liege.jpgCi-dessus, le plan du site cointois de l’Exposition universelle de 1905*, traversé par le nouveau boulevard.

* Cette sompteuse manifestation est principalement implantée aux Vennes-Fétinne et sur l’île de la Boverie, mais c’est le lieu-dit du Champ des Oiseaux, dans « l’élégante oasis de Cointe », qui a été retenu pour les activités agricoles et les festivités de grand air.

 

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L’annexe cointoise de l’Exposition comporte le palais de l’Horticulture belge, immense hall dans un environnement de serres, parterres, jardins et potagers.

 À proximité, un vaste terrain baptisé « plaine des Sports » est destiné aux fêtes de gymnastique, aux épreuves hippiques, aux lâchers de pigeons ou aux concours d’aérostats. Les alentours sont agrémentés d’un magnifique parc conçu par l’architecte de jardin Louis Van der Swaelmen, créateur aussi du jardin d’Acclimatation.

 

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Le site de l’Exposition universelle abandonné après la clôture de l’événement. À l’avant-plan, c’est le verger du couvent-pensionnat des Filles de la Croix. Sur la droite, on aperçoit le boulevard de Cointe.

 

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Comme prévu avant l’Exposition de 1905, le site devient un parc public (la carte postale ci-dessus a été postée en 1907).

 

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Le départ du boulevard Kleyer, place du Batty à Cointe (vu l’utilisation du nom « Kleyer », cette carte postale date au moins de 1921).

 

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Le premier tronçon du boulevard de Cointe, de la plaine des sports à la rue Bois l’Évêque, est essentiellement boisé, avec des sentiers de promenade. Plus loin ont été autorisées des « habitations éparses ne constituant pas d’agglomération ».

 

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Le boulevard Kleyer à la hauteur de la rue des Bruyères. La villa Bertrand, propriété d’un riche commerçant, a été démolie en 1967 après avoir servi de décor au tournage d’un film (« L’inconnu de Shandigor », réalisé par le Suisse Jean-Louis Roy, interprété entre autres par Marie-France Boyer, Jacques Dufilho et Serge Gainsbourg) ; c’est un supermarché GB qui s’est ouvert à cet endroit en septembre 1969.

 

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Le Bois d’Avroy à la fin des années 1950. Les flèches représentent le tracé du boulevard Gustave Kleyer. Dans le cercle, ce sont les bâtiments d’un charbonnage abandonné depuis 1939 (voir cet autre article).

 

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La vue aérienne ci-dessus date de 1947. Le boulevard Kleyer (flèches rouges), qui s’arrête à la rue rue Henri Maus (flèches bleues), ne sera prolongé par le boulevard Louis Hillier que vingt ans plus tard. Le terril que l’on voit au milieu de la photo appartient à la houillère de La Haye. Fermé depuis 1934, ce charbonnage était situé au sommet de la rue Saint-Gilles, là où se dresse actuellement un complexe de buildings (voir autre article).

 

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Ces immeubles ont été construits par la Maison liégeoises en 1920-21. Celui de droite se trouve à l’angle du boulevard Kleyer et de la rue Henri Maus*.

* Voie très ancienne appelée initialement rue du Haut-Laveu, la rue Henri Maus porte depuis 1889 le nom du célèbre ingénieur belge qui a conçu le plan incliné assurant la jonction ferroviaire entre la gare d’Ans et la gare des Guillemins.

 

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L’église Saint-Gilles en 1949, à proximité des anciens bâtiments monacaux qui seront détruits dans la décennie suivante. Les pavés, à l’avant-plan, sont ceux de la rue Henri Maus en provenance du Laveu. Le photographe se tient dos au boulevard Kleyer, avec face à lui les terrains vagues et prairies où s’ouvre de nos jours le boulevard Louis Hillier.

 

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Le boulevard Louis Hillier* est percé en 1967 à travers les terrains qui longent le cimetière Saint-Gilles. Dans le fond de la photo ci-dessus, on aperçoit les bâtiments de l’école communale André Bensberg (bâtie à la fin des années 1930 sur les plans de l’architecte liégeois Jean Moutschen (1907-1965).

* Louis Hillier est le compositeur, en 1901, du « Tchant dès Walons », l’hymne de la région wallonne de Belgique, dont les paroles en wallon liégeois ont été écrites par Théophile Bovy.

 

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Cette photo date aussi de 1967, lors du percement du boulevard Hillier. La nouvelle artère met enfin le boulevard Kleyer avec le boulevard Sainte-Beuve* ouvert depuis 1954.

* Célèbre écrivain français, Charles-Augustin Sainte-Beuve (1804-1869) a été professeur de littérature à l’université de Liège pendant l’année académique 1848-1849. Le boulevard commémore son passage dans notre cité.

 

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Le percement du boulevard Hillier a nécessité l’expropriation de plusieurs immeubles de la rue Saint-Gilles.

 

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Avril 1968. Le boulevard Kleyer (en bas à gauche) se prolonge désormais par le boulevard Hillier (au centre de la photo). Sur la droite, le terrain vague est ce qui reste de l’ancien terril de coteau. À proximité du virage en épingle à cheveux de la rue Henri Maus, la firme immobilière Amelincks a commencé la construction de la résidence « Plein Vent », à l’emplacement de l’ancien charbonnage de La Haye.

 

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Le boulevard Hillier tout neuf, avec les abords de l’église Saint-Gilles non encore aménagés.

 

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La rue Saint-Laurent à sa jonction avec le boulevard Sainte-Beuve, à la fin des années 1950.

 

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En 1962, le boulevard Sainte-Beuve est prolongé au-delà de la rue du Snapeux (le pointillé)*.

* Ce nom de rue a une origine incertaine. Certains lui trouvent une origine latine (« sinapis », « snapetum ») qui évoquerait la présence ancienne de champs de moutarde. D’autres envisagent le patronyme d’une famille ayant vécu jadis à cet endroit.

 

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Le boulevard Sainte-Beuve est ainsi prolongé jusqu’à la place Sainte-Nicolas, à la limite entre Burenville et Saint-Nicolas. Les immeubles à appartements que l’on voit à l’arrière-plan sont des logements sociaux construits par la Maison liégeoise à la fin des années 1950.

 

  Au début des années 1960, le réseau autoroutier se développe considérablement autour de Liège. L’automobile est reine, et il est jugé essentiel que des voies rapides de pénétration accèdent jusqu’au cœur même de la ville.

Depuis l’échangeur de Loncin, une liaison est prévue jusqu’au boulevard d’Avroy via Burenville, le Bas-Laveu et les Guillemins (la future A602). Une autre, au départ de Burenville, doit accéder à la place Saint-Lambert via Fontainebleau, Hocheporte et le Cadran. Ces projets vont nécessiter de nombreuses expropriations, un bouleversement total de l’habitat et de l’infrastructure routière.

Il est loin, le rêve de Gustave Kleyer, de concevoir un boulevard périphérique de Cointe à Sainte-Walburge et au Thier-à-Liège. Désormais, depuis les hauteurs de Burenville en pleine métamorphose, ce sont les autouroutes urbaines qui dévalent dans la cuvette liégeoise.

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À Burenville, au départ du boulevard Sainte-Beuve, on aménage dès 1962 le boulevard Carton de Wiart (1)* et l’avenue Olympe Gilbart (2)**, voiries baptisées ainsi en 1963, points de départ en direction de la future autoroute A602 et de la voie rapide descendant vers Fontainebleau. À droite, derrière la rue du Calvaire (3), se dresse le terril de l’Aumonier (4)***, vestige d’un charbonnage fermé en 1956 (dont les puits se trouvaient à l’emplacement de l’actuel garage Renault-Neri).

* Homme politique et écrivain, le comte Henry Carton de Wiart (1869-1951) est l’auteur du roman historique « La Cité ardente », qui raconte le sac et l’incendie de la ville de Liège, en 1468, par les hordes bourguignonnes de Charles le Téméraire.
** Le Liégeois Olympe Gilbart (1874-1958), docteur en philologie romane, a été professeur à l’université, militant wallon, rédacteur en chef au journal « La Meuse » et plusieurs fois échevin, notamment de l’Instruction publique et des Beaux-Arts.
*** On utilise parfois l’orthographe « aumônier » par analogie au mot qui désigne un ecclésiastique s’occupant d’une communauté. Normalement, dans le cas qui nous concerne, la graphie ne devrait pas comporter d’accent circonflexe. Le vocable, en effet, n’a rien de religieux, il dérive du wallon « åmonî », qui désigne un framboisier, arbuste autrefois caractéristique du lieu.

Retrouvez les numéros de la photo précédente sur la vue aérienne ci-dessous, qui présente la configuration actuelle des lieux :
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Des expropriations, dès 1956, préparent l’aspect de ce coin de Burenville. L’avenue Émile Jennissen (1)* est créée en 1958, perpendiculairement à la rue Burenville, et les deux voiries sont bordées de logements sociaux (2). L’avenue Olympe Gilbart (3) est inaugurée en 1963, traversant d’anciens terrains maraîchers qui s’étendaient jusqu’au pied du terril de l’Aumonier. L’église Saint-Hubert (4) est bâtie en 1962 dans un style résolument moderne ; cet édifice en béton est l’œuvre de l’architecte liégeois Robert Toussaint (1900-1975), qui a aussi construit l’église Saint-Vincent de Fétinne au début de sa carrière en 1930.

* Émile Jennissen (1882-1949), politicien liégeois ardent défenseur de sa ville et du pays wallon.

 

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Ci-dessus, la courte avenue Jennissen en 1966. En bordure de l’avenue Olympe Gilbart, le terril de l’Aumonier, déjà raboté, va bientôt disparaître pour faire place dès 1970 à de nouveaux logements sociaux de la Maison liégeoise. Ci-dessous, le même endroit en 2013 :

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La rue du Calvaire et ce qui reste du terril de l’Aumonier en 1963, au début de la construction des immeubles sociaux du boulevard Carton de Wiart.

 

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Au début des années 1960, la Maison liégeoise entamera la construction, le long du nouveau boulevard Sainte-Beuve, de toute une cité de blocs à appartements sociaux. Ci-dessus, le projet imaginé par l’architecte Jacquet.

  Ci-dessous, le chantier entamé en 1963 :
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Vue aérienne de Burenville entre 1964 et 1968 :

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Dans le courant des années 1970, la cité sociale s’étendra dans le tronçon du boulevard plus proche de Saint-Gilles :

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avenue_olympe_gilbart-burenville-1965.jpg  Revenons-en (photo ci-dessus) à l’avenue Olympe Gilbart, dont voici l’extrémité vers 1965, à sa jonction avec la rue Burenville qui s’étend de part et d’autre du carrefour. Cet endroit n’existe plus, remplacé par un pont franchissant l’autoroute, comme le montre la photo ci-dessous :

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Le bas de la rue Burenville au milieu des années 1960. Ce qu’il en subsistera, après que le chantier de l’autoroute ait coupé le quartier en deux, prendra le nom de rue de Mons. Le choix de cette appellation, dans ce quartier qui a connu une forte activité minière, est un clin d’œil des Liégeois à leurs amis hennuyers et à leurs charbonnages.

 

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On retrouve, sur cette vue prise en 1966 depuis le terril de l’Aumonier, l’extrémité de l’avenue Olympe Gilbart (1) telle qu’on l’a vue trois photos plus haut. Les immeubles sociaux datant de 1958 attendent d’être expropriés pour les besoins de la future A602. De l’autre côté du carrefour, une voie qui restera tout un temps sans appellation officielle (2) a été ouverte pour rejoindre la rue Bagolet (nom d’origine inconnue).

 

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Le même endroit que sur la photo précédente, mais dans l’autre sens, avec dans le fond le flanc boisé du terril de l’Aumonier. À droite, c’est le sommet de la rue Bois Gotha dont tout un côté de la chaussée a été démoli lors de l’aménagement de la « rue sans nom » mise en valeur à l’avant-plan.

  Ci-dessous, le même endroit au début des années 1970, avec le pont de l’autoroute enjambant l’A602. La « rue sans nom » a été baptisée la rue Jules de Laminne, du nom du chevalier Jules de Laminne (1876-1957), docteur en droit et pionnier liégeois de l’aviation :

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Le chantier de l’autoroute A602 en 1967. Le bas de la rue Bois Gotha a survécu, mais le haut a été totalement détruit, de même qu’une partie de la rue Burenville. Les remblais proviennent du terril de l’Aumonier, que l’on voit diminué, ainsi que d’autres à proximité, comme ceux de la rue en Bois et de Glain.

   Ci-dessous, la démolition en 1967 de la partie supérieure de la rue Bois Gotha :
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L’autoroute A602 en cours de terrassement à la fin de l’année 1968. Derrière le bulldozer, on reconnaît le chevet de l’église Saint-Hubert érigée six ans plus tôt. Dans le fond, près du terril fortement arasé, se distingue l’ébauche du pont de Burenville, qui permet à la rue Jules de Laminne de franchir la tranchée autoroutière.

   Ci-dessous, la même perspective de nos jours :
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4 commentaires sur “Les boulevards des hauteurs occidentales

  1. Très belle historique. J’habite dans les logement sociaux de l’avenue Olympe Gilbart. Gràce à votre blog, je sais maintenant ce que fut ce quartier et ses environs. Merci très sinccérement.

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  2. Très belle historique. J’habite dans les logement sociaux de l’avenue Olympe Gilbart. Grace à votre blog, je sais maintenant ce que furent ce quartier et ses environs. Merci très sincèrement.

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